Le maire de Nice, Jacques Peyrat, profite des préinscriptions scolaires pour relancer la chasse aux sans-papiers. Son rival aux municipales, Christian Estrosi, s’attaque au droit du
sol.
Traquer des familles à la sortie des écoles, piéger des immigrés clandestins aux guichets des préfectures, organiser des rafles, le ministre de l’Intérieur, en bon soldat de Nicolas Sarkozy, sait
faire. Mais détecter les parents sans papiers au moment où ils inscrivent, en mairie, leurs enfants à l’école, Brice Hortefeux n’y avait pas pensé ! Eh bien, Jacques Peyrat, le maire (UMP
suspendu, ex-FN) de Nice, est en train de mettre en place ce nouveau traquenard.
Depuis juin 2007 et dans la perspective de la rentrée scolaire 2008, les mairies de quartier ainsi que le service des affaires civiles procèdent en effet à des préinscriptions d’enfants. Mais,
comme s’en indigne Annie Carton, du Réseau éducation sans frontières 06, qui a soulevé le lièvre, « alors qu’auparavant il n’était demandé au parent qu’un livret de famille et un certificat de
vaccination, il est maintenant exigé, à Nice, un document d’identité avec photo de la personne qui vient solliciter une inscription ».
inscriptions = dénonciations
Pourquoi une telle tracasserie ? La lettre que Jacques Peyrat et son adjoint André Chauvet ont envoyée au préfet le 24 janvier dernier permet de répondre à cette question que s’est immédiatement
posée le syndicat CGT de l’éducation. Dans cette missive, l’hypocrite maire explique que « l’usager sollicitant l’inscription de son enfant sera amené à présenter à l’agent municipal un document
d’identité pouvant laisser présumer (sic) que sa présence sur le sol français est illégale… ». En conséquence de quoi et sous prétexte que « tout fonctionnaire qui acquiert la connaissance d’un
délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République », le sénateur maire demande mielleusement au préfet des Alpes-Maritimes, « s’il (vous) semble opportun qu’une procédure
d’alerte entre les services de la mairie de Nice et l’État soit mise en place sur la base de ces éléments ». Autrement dit, le maire de la cinquième ville de France demande son feu vert au
représentant local du gouvernement pour que le guichet des inscriptions scolaires, obligatoires dans notre pays, puisse devenir le bureau des dénonciations de sans-papiers. Et après les
sans-papiers, qui ?
Rival de Jacques Peyrat à l’élection municipale, le ministre de l’Outre-mer et président du conseil général des Alpes-Maritimes, Christian Estrosi, n’est pas en reste qui s’attaque, lui, à l’un
des fondements de la République, à savoir le droit du sol. Il ne propose rien moins qu’une « suspension exceptionnelle du droit du sol à Mayotte où l’immigration clandestine est un problème
majeur (…) de façon à ce que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne puisse pas demander la nationalité française » (l’Humanité du 25 février). Et après Mayotte, la Guyane et
pourquoi pas le département frontalier des Alpes-Maritimes où un aïeul du ministre a débarqué un beau jour en provenance d’Italie, une main devant une main derrière ?
Formation du cercle de silence
Tout cela scandalise RESF qui, dans les Alpes-Maritimes, a pris sous son aile une centaine de familles sans papiers ayant bien voulu se manifester auprès de ses bénévoles, « soit entre trois
cents et quatre cents enfants », selon Annie Carton. Avec les militants RESF et le renfort de militants communistes, elle a formé, mardi soir, un « cercle de silence » devant le palais de justice
de Nice. De quoi piquer la curiosité des passants qui ont pu ainsi s’informer de certaines situations particulièrement douloureuses dans lesquelles se trouvent nombre de « déboutés du droit
d’asile », notamment tchétchènes. « Pour-quoi ce silence ? » testait l’un d’entre eux. « Le silence c’est aussi un cri… de désespoir », lui répondait Térésa Maffeis, de l’Association pour la
démocratie à Nice, qui dénonce, elle, la « politique du chiffre » du ministre de l’Intérieur.
Philippe Jérôme, l'Humanité du 28 février 2008
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